Salaün
Magazine
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Page 38
En haut, centre
commercial
branché installé
dans un ancienne
usine de Chelsea.
Entre art, bio et
bohème, New-
York comme de
nombreuses villes
américaines
voit s’ouvrir des
échopes et restau-
rants qui misent
sur le slow food
et cultivent même
leurs propres
légumes sur les
toits, comme sur le
cliché ci-contre.
tranquillité de la circulation dominicale,
je me suis dit qu’avant de l’emprunter, je
commencerai par la longer sur quelques
centaines de mètres, en passant par un
chantier qui la bordait sur sa droite. Entré
à une allure assez vive dans cet espace
en construction, j’entendis aussitôt une
voix féminine me crier dessus. Au moment
où je serrais les freins, mon regard se posa,
à quelques mètres de ma roue avant, sur un
cratère gigantesque, rempli de tubulures, de
conduites d’eau, de flaques et de fondations
diverses. J’eu à peine le temps de comprendre
dans quel lieu sacré je venais de pénétrer, que
la gardienne du chantier, aussi subjuguée
que moi me hurla : «Qu’est-ce que vous
foutez là, c’est le World Trade centre ici
! »… Je fis aussitôt demi-tour en jetant
un dernier regard à l’intérieur du sinistre
Ground Zero, là où en précipitant deux
avions sur les tours jumelles, le fana-
tisme d’une poignée d’homme avait fait
plusieurs milliers de victimes et assombri
l’avenir de l’humanité entière, et des
New-Yorkais, qui y ont perdu, dit-on,
une partie de leur optimisme naturel.
Comme le font la plupart des habitants
de la planète lorsqu’ils évoquent ce
11 septembre 2001, en retrouvant les rives
de Manhattan, je repensais à ma propre
vie, à l’horizon dégagé sur la baie de Douar-
nenez, en Bretagne, au moment où la radio
de ma voiture annonçait l’effondrement
des tours. Le soir même sur un balcon de
Tribecca, à deux cent mètres des tours, un
ami me confierait que son colocataire avait
vu le premier avion passer juste devant
son balcon ! En vélo, une visite de Man-
hattan promet des contrastes saisissants
et se fait facilement en quelques heures.
Elle laisse dans la mémoire une foule de
clichés à la fois fascinants et familiers :
tournages de films et séances photos de
starlettes, musiciens asiatiques dans un
petit parc de Chinatown, rappeurs près
de l’embarcadère d’Ellis Island, cyclistes
et joggers dans Central Park, limousines
arrêtées devant le Cotton Club de Harlem,
à deux pas d’églises où se pressent New-
yorkais et touristes pour assister aux
célèbres messes ponctuées de gospels.
Une subtile géographie urbaine
A pied, il faut en revanche s’attendre à
être trompé par les distances. On avance
doucement à New-York. D’avenue en
avenue, de block en block, les change-
ments d’ambiance sont assez subtils. Entre
Central Park et la 23e rue, en dehors des
points de repères spectaculaires que sont
le Madison square Gardens, l’étonnant
Flatiron, un des plus beaux gratte-ciel de
la ville, ou encore les magnifiques gare
centrale et l’Empire state building, il faut
un peu d’entraînement avant de percevoir
les lignes de partage entre quartiers. On les
devine petit à petit à travers la nature des
commerces. Plus au sud, du très branché
Meatpacking district, à l’ouest de la ville
jusqu’à la Lower East side, en passant par
Chelsea, Soho, Chinatown, The Bowery,
on se perd en revanche dans une infi-
nité de rues et ruelles bordées de petits
restaurants joliment décorés, de bars à
cocktails, de petits diners et
delis
, ces
restaurants qui servent des burgers
de qualité et le traditionnel sandwich
new-yorkais au pastrami. Pour boire
une excellente bière ambrée, ne pas
manquer le Mc Sorleys, un pub légen-
daire digne des plus vieux comptoirs
irlandais. Woody Guthrie, le père du folk
américain y chanta ses premières chansons
engagées et John Lennon y venait réguliè-
rement. Curieusement, on y sert toujours
les bières par deux. C’est aussi pour cela
que les langues s’y délient facilement.
Au fil des ballades dans Manhattan, on
repérera les lieux mythiques où naquirent
des légendes urbaines, telles qu’Andy
Warhol, Lou Reed ou Led Zeppelin. Ou
encore l’appartement où John Lennon
mena sa célèbre grève de la faim. Dans
la journée, la City et surtout Midtown,
autour de l’Empire state building et du
«Des potagers bios installés
sur les toits alimentent
des restaurants branchés»
En haut, vue sur
la City, depuis
Tribecca, un quar-
tier très prisé de
Lower Manhatan.
Ci-contre, le
fameux Cotton
Club, de Harlem,
un club de jazz
où a été tourné le
célèbre film.
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