Salaün
Magazine
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voyage acquitté par les touristes qui
visitent l’Inde, l’école d’Achroll béné-
ficie de moyens supplémentaires pour
se développer. Les visiteurs, qui parti-
cipent ainsi à une action de solidarité,
sont accueillis chez Arun Seith, un Indien
marié à une française, qui a installé une
petite résidence hotelière à deux pas des
maisons de terre du village d’Achrol. Tout
en séjournant dans de confortables bun-
galows ou tentes de luxe, les visiteurs
peuvent se promener au village et ren-
contrer ses habitants. « Cette opération
est formidable, explique Arun Seth. Au
départ, les villageois étaient très fer-
més, osaient à peine regarder les étran-
gers. Aujourd’hui, il n’est pas rare qu’ils
invitent les touristes à prendre le thé,
ils ont compris qu’il y a un monde au-
delà de leur village, au-delà de l’Inde.
C’est très important pour les enfants.
Après la première école, nous projetons
actuellement de construire un autre éta-
blissement pour former les plus grands,
notamment aux langues étrangères.
Nous réfléchissons aussi à la création
d’un dispensaire pour permettre à tous
d’avoir accès aux soins sans quitter le
village ».
La route,
une destination en soi
En Inde, la route est une aventure. Non
que les routes de l’Inde du Nord soient de
mauvaise qualité, d’immenses progrès ont
été faits sur ce plan, mais bien davantage
par le spectacle qu’elles offrent au voya-
geur. La conduite indienne est un mystère
qui vous fait tout autant hurler de peur que
de rire. « Pour survivre dans la circulation
indienne, il faut trois choses » fanfaronne
notre chauffeur en maintenant sa main
droite appuyée sur le klaxon en perma-
nence. «De bons freins, un bon klaxon et
une bonne chance ». A l’arrière de chaque
camion, la mention
Blow horn
invite les
automobilistes à klaxonner.
«C’est pour réveiller les chauffeurs, car ils
roulent pendant des heures » m’explique
un Indien le plus sérieusement du monde.
Impossible en tout cas de ne pas se faire
surprendre par les dépassements inopinés
de votre voiture, talonnée par trois ou
quatre véhicules poussiéreux alors qu’un
vieux car de ligne TATA fonce vers vous,
en dépassant lui aussi un attelage tiré
par un chameau ou un âne. Les Indiens
aiment décrire la conduite comme un
grand jeu vidéo. Malgré les coups de
freins et la vision angoissante de trois ou
quatre véhicules se disputant la chaussée
sur une même ligne, tous retrouvent à
chaque fois leur place dans la poussière
et un concert ininterrompu de klaxons.
Jamais une voix ne s’élève, la survie d’un
piéton, d’une vache ou d’un conducteur
de rickshaw ne tient qu’à un échange de
regard, une négociation ultime, fascinante
mais incompréhensible pour le conducteur
occidental. Chaque carrefour, chaque
village traversé annonce un capharnaüm
de marchands, de garagistes, ferronniers,
artisans en tout genre ayant pignon sur des
chaussées défoncées où circule une foule
surgie d’on ne sait où et qui semble avoir
pour but principal d’occuper l’épicentre
du village. Il suffit de s’arrêter boire un
tchaï, le thé au lait national, dans une
gargote de bord de route pour profiter
du show offert par la chaussée indienne.
Du spectacle, toujours, lorsqu’on aperçoit
au détour d’un virage, un attroupement de
villageois assistant à un numéro de funam-
bule, donné par une enfant rom.
Les Roms sont ici dans leur berceau originel,
l’Inde du Nord. A l’origine hors-caste, les
nomades de l’Inde, dont on aperçoit souvent
les petites huttes de pailles montées à la
périphérie des villages, sont en effet linguis-
tiquement et génétiquement liés aux Roms
qui ont quitté l’Inde pendant le haut moyen-
âge, pour se diriger vers la Perse et l’Europe.
En Inde du Nord, l’arrivée dans une ville
n’est le plus souvent qu’une intensification
des éléments déjà présents sur un trajet à
travers la campagne. On cherchera en vain
les repères de l’urbanité occidentale. Même
au cœur d’une ville de deux millions d’habi-
tants comme Agra, on croise des vaches en
liberté qui se nourrissent du tout venant,
avant de rentrer d’elles-mêmes au bercail
chaque soir. A première vue, leur maigreur
ne laisse pas supposer qu’elles soient à ce
point sacrées. Leur abattage peut pourtant
encore provoquer des émeutes dans les
régions les plus reculées du pays.
Un pays rural
Même dans le tumulte de ses villes et
métropoles, l’Inde ne peut dissimuler qu’elle
reste un pays profondément rural où l’on
vit encore largement au rythme de la nature
et des gestes traditionnels. Des bouses de
vache servant de combustible sèchent dans
Jaisalmer. la cité dorée, perdue dans
les immensités du désert du Thar.
Erigée à partir du
xii
e
siècle sur une
éminence rocheuse.
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