SALAUN Magazine n°4 - page 26

Aujourd’hui, pour Olaf, le 4x4 qui danse sur la
neige avec les fous, c’est relâche. Pour son
équipage aussi. Un peu de repos avant la grande
descente vers Saint-Pétersbourg – 1300
kilomètres – ne fera pas de mal.
C’est l’occasion de découvrir une ville que l’hiver
met en beauté. Elle ne ressemble à rien sinon à
une cité qui aurait oublié son histoire tragique.
Jusqu’en 1915, personne ne se préoccupe de
cette petite station polaire. Le peuple originel –
des samis, une des ethnies lapones du Grand
Nord - y cohabite avec des aventuriers venus y
chercher là de l’air frais. On construit quelques
cabanes et l’on pêche dans cette rivière de Kola
et cette mer de Barents que jamais le plus rude
hiver ne glace. Le gulf-stream y envoie, avant de
repartir pour un tour du monde, ses derniers
courants chauds.
Quand la Première guerre mondiale éclate, la
Russie pleure dans ses glaces du golfe de
Finlande et se souvient que tout là-haut un petit
golfe lui offre une mer libre jusqu’à l’Atlantique.
Et une voie maritime pour ses alliés. Saint-
Pétersboug est une belle ville, mais un port de
guerre saisonnier.
Mourmansk rentre dans l’histoire et n’en
sortira plus.
Lors de la Seconde guerre, Mourmansk devient
un port stratégique. En hiver, c’est le seul point
d’approvisionnement pour nourrir l’allié russe
en guerre contre l’Allemagne. Des convois
partent du Cap Nord, dans des conditions
épouvantables, vers ce petit port perdu dans la
nuit polaire.
Le prix à payer pour cet intérêt stratégique sera
lourd. Il faut absolument couper cette route
maritime essentielle. Une armée allemande de
150 000 hommes assiègent la ville qui résistera
pendant 40 mois. Impuissants sur le terrain, les
Nazis bombardent la ville. Leurs avions
déversent 200 000 tonnes de bombes et
détruisent la ville. Elle ne sera jamais prise.
Mourmansk est encore un grand port militaire.
Son fjord abrite la flotte des sous-marins de la
Russie du nord. Une cité interdite, à quelques
encablures de la ville héberge les familles des
sous-mariniers. Plantée sur la rive, dans un
désert rocheux terrifiant, elle compte plus de
100 000 habitants. Avec un musée des sous-
mariniers que personne ne peut visiter.
Et puis la guerre froide prend fin. Les sous-
marins se font vieux et vont mourir sur les
berges du fjord. Et ne sont plus remplacés. En
dix ans Mourmansk a perdu près de 150 000
habitants. La marine de guerre ne fait plus
un avenir.
Aujourd’hui la ville la plus peuplée au-delà du
cercle arctique – 314 000 habitants - se cherche
un autre destin. Ce sera peut-être l’exploitation
de l’immense gisement gazeux de Stockman,
déniché dans la mer de Barents, à 500 kilomètres
de Mourmansk. Une exploitation qui ne
s’annonce pas simple dans cette nature brutale.
Mais à Mourmansk, on en a vu d’autre…
Etape 8 - Mardi 8 février : Mourmansk
Une journée à Mourmansk
Salaün Magazine
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Le port de Mourmansk dans son décor d’immeubles gris sous un ciel gris.
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