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Salaün

Magazine

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dossier

spécial

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russie

dans les entrailles de moscou

Année 1935, Staline est au pouvoir depuis 1922 et Moscou

inaugure sa première ligne de métro, qui mène de la sta-

tion Sokolniki à la station Park Koultoury avec une bifur-

cation vers la station Smolenskaïa. Imaginé dès 1870 par

Alexandre II et sans cesse reporté, ce qui semblait être devenu

une arlésienne voit enfin le jour. Creusés profondément sous

terre, à environ 60 mètres, les tunnels du métro sont éton-

nement fabriqués d’une épaisse carapace de pièces de métal

soudées et boulonnées les unes aux autres sur des kilomètres.

La chape de métal est elle-même entourée d’une épaisseur

de plus d’un mètre de béton injecté. Si la technicité de cet

ouvrage interroge légitiment l’ingénieur d’aujourd’hui, c’est

que le métro n’a pas seulement été pensé pour assurer le

Plus qu’un bunker, c’est en

réalité un véritable palais

souterrain que Staline a

connu sous cet aspect.

"

"

Moscou compte autant de beautés que la nuit d’aimables

étoiles », peut-on lire dans le chef d’œuvre Eugène Onéguine

d’Alexandre Pouchkine, le poète, dramaturge et romancier

russe. Qui oserait prétendre le contraire ? Une simple prome-

nade dans la rue Tverskaya, quelques regards vers la place du

Manège, une oreille tendue en direction du théâtre Bolchoï,

un instant d’émerveillement face au Kremlin, au milieu de la

place Rouge et de sa cathédrale Basile-le-Bienheureux, un

moment de silence dans une des milliers d’églises orthodoxes

qui quadrillent la ville ou bien au monastère de Novodie-

vitchi, et l’assertion du poète prend tout son sens. Mais il y

a les étoiles que l’on peut voir et celles que l’on ne voit pas.

Et sûrement est-ce ce que sous-entendait l’écrivain sovié-

tique Venedict Erofeiev lorsqu’il disait : « Un millier de fois,

j’ai déjà parcouru Moscou du nord au sud, d’est en ouest...

et jamais je n’ai vu le Kremlin ». Car Moscou, à l’instar de

beaucoup d’autres grandes villes merveilles, ne dévoile pas

tout, du moins pas aussi facilement. Il y a les recoins, il y a

les ruelles. Il y a aussi les endroits insolites, confidentiels,

secrets, mystérieux, et parmi ceux-là, ceux que l’histoire et sa

grande hache ont engendrés. Le bunker de Staline en est un.

Mais avant de le raconter, il faut marcher dans le froid et la

neige et remonter le temps.