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Salaün

Magazine

| Page 55

reportages

d

ici

et

d

ailleurs

|

cuba

maître est devenu un restaurant d’État pour nourrir les visi-

teurs étrangers au son de la musique locale. Avant de mettre

les pieds sous la table, la petite pente offre un spectacle sur-

prenant : de chaque bord, des draps, nappes et dentelles d’une

blancheur de neige, épinglés sur des fils à linge, claquent sous

les coups de vent dans l’espoir de séduire l’acheteur en quête

d’un souvenir différent. Nous nous contenterons d’un nap-

peron, après âpre marchandage, pour marquer notre passage.

trinidad

À peine le puissant moteur de la Chevrolet ramené au silence

sur un parking, les bruits des chevaux, les vrais cette fois,

résonnent à nos oreilles. Trinidad, musée colonial à ciel ou-

vert, est le domaine des cavaliers. Au pas, souvent avec une

seconde monture tenue à la bride pour un futur compagnon

de trajet, ou au petit trot avec une carriole pour transporter

marchandises ou famille, les chevaux, et aussi mules et ânes,

font claquer leurs sabots et fers sur les pavés inégaux des

rues. Une vision d’un autre temps, mais quotidien d’ici, qui

ravit le visiteur de passage. C’est à son histoire, pas forcément

rose, que Trinidad doit d’avoir conservé un cadre original

qui en fait sans doute la plus belle ville de Cuba, avec, depuis

1988, un classement au patrimoine mondial de l’Unesco en

même temps que la vallée de Los Ingenios. Fondée en 1514

par Diego Velásquez de Cuellar, compagnon de Christophe

Colomb et à l’initiative de l’importation d’esclaves d’Afrique

pour suppléer les « Indiens », qu’il trouvait trop indolents

au travail, Trinidad aura vu passer quelques-uns des pires

massacreurs du

xvi

e

au

xx

e

siècle. Le terrible Hernán Cortés

y prépara, en enrôlant les paysans, son invasion meurtrière

du Mexique. Les pirates des Caraïbes et contrebandiers y éta-

blirent leur base pour leur méfaits sur les mers et sur la popu-

lation locale. Les riches patrons des sucreries y firent mener

une vie de douleur à leurs ouvriers. Et jusqu’aux années

cinquante, où partisans de Batista et de Castro ne lésinèrent

pas sur les exécutions sommaires. Loin de La Havane, isolée

derrière les hauteurs de la sierra del Escambray, dépourvue

Sur les pavés irréguliers de Trinidad, le cheval est roi, pour le transport, le simple déplacement ou le plaisir.