Salaün Holidays 4
Nous retrouverons la Transnistrie le lendemain. La route la plus directe pour rejoindre Kiev la traverse en son milieu, au niveau de Dubasari. Il est toujours risqué de s’aventurer dans un pays qui n’existe pas, mais ça nous fait économiser près de 400 km. On attendra deux heures sous un cagnard d’enfer au poste frontière. Pour un simple transit dans un pays dont la largeur ne dépasse pas 25 kilomètres. Mais on imaginait pire… Après ce court voyage hors du temps et dans un autre monde, nous avons bien atterri en Ukraine. Les formalités sont accomplies en moins d’une demi-heure dans une ambiance conviviale. Les premiers kilomètres sont un peu difficiles, mais ensuite la route vers Kiev n’est plus qu’une tranquille promenade sur une route à quatre voies en excellent état qui nous laisse le temps de prendre la mesure de l’immensité des plaines de l’Ukraine. Et nous voilà à Kiev pour deux jours. Chisinau-Kiev Laissant la visite de Chisinau pour un autre voyage, nous avons préféré une excursion à Tiraspol, la capitale de la Transnistrie. Cette république autoproclamée n’est reconnue par aucun pays au monde. Les diplomaties l’ignorent, les assureurs aussi : la Transnistrie est un pays qui n’existe pas ! L’entrée de Tiraspol n’est pas de nature à rassurer. Ici l’office du tourisme, c’est un char sous une toile de camouflage. On est prié de planquer l’appareil photo. A l’entrée de la ville, une forteresse historique. Elle héberge les restes de la 14 e armée soviétique. Un millier d’hommes qui ont pour mission de veiller sur un impressionnant arsenal d’armes diverses – dont certaines nucléaires – qui ont fait dire que la Transnistrie est «la poudrière de l’Europe ». On abandonne la voiture pour déambuler dans cette ville à la fois étrange et banale, à la mode soviétique. Avec de larges avenues bien ordonnées, des bâtiments officiels démesurés, des immeubles aux façades d’un autre âge, des jardins sans charmes où l’on peut se protéger du soleil de plomb qui écrase la capitale. L’immense statue de Lénine, devant le parlement, couvre la ville de son autorité fondatrice ; partout des emblèmes de l’ancienne URSS couvrent les panneaux ou les édifices. En cyrillique, bien sûr. Ici, les Russophones sont majoritaires et ne font pas de cadeau aux Moldaves. La population elle-même semble jouer les rôles imposés dans ce disneyland soviétique, dans ce conservatoire d'une espèce en voie de disparition. Les enfants qui sortent du Palais de création sont habillés comme des figurants, chemises blanches et jupes ou pantalons noirs. C’est aussi la tenue, ringarde, de la vingtaine de jeunes qui défilent sur l’avenue, drapeaux flottant au vent. Ils sont fiers : ils viennent de rencontrer leur président pour l’assurer de leur enthousiasme à participer à un rassemblement de la jeunesse communiste, en Biélorussie. Mais derrière ces clichés, on sent les signes d’une vie différente de celle que l’on imagine. En remontant l’avenue du 25 octobre, nous arrivons dans des quartiers où la vie reprend un cours normal. Un café à la une terrasse accueillante diffuse sur grand écran les clips les plus branchés. Et un restaurant ukrainien offre une bonne table. Pour écouler nos derniers billets de la monnaie locale, il nous reste la boutique d’état, où l’on vend un cognac réputé. La Transnistrie Le Grand Raid Brest Samarcande Salaün Magazine l Page 41 Nous traversons le Transnistrie sur toute sa largeur, c’est à dire une vingtaine de kilomètres. Le centre de Tiraspol.
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