Salaün Holidays 4

mètres du centre ville. Au fil des kilomètres, le paysage se fait plus morne. On rentre dans la plaine. Ses immenses champs, ses zones indus- trielles, ses grandes usines. Le choc est brutal. Même s’il est atténué par le spectacle des petits marchands qui montent boutiques au bord de la route pour vendre fruits et légumes, miel et alcool. Quelques chevaux attelés survivent encore dans le flot de la circulation de plus en plus intense. Mais ils sont, à l’approche de la grande ville, nos derniers adieux à une région dans laquelle nous avons vécu pendant trois jours. Et, sans doute, les derniers témoins d’une Roumanie embar- quée dans l’aventure de l’Europe. Il fait nuit quand nous arrivons à Bucarest. Sur la place de la Liberté, on ne peut que penser aux souffrances endurées par le peuple roumain pour qu’un dictateur fou puisse construire, au cœur d’une ville d’Histoire, ce palais mons- trueux, glacial, effrayant… Ce cœur survit encore dans les vieux quartiers de la ville. Les restaurants débordent sur la rue, les femmes s’y promènent comme dans un défilé de mode. Il est déjà près de 22 heures, mais des ouvriers travaillent encore. Bucarest se recons- truit et redeviendra lumineuse. Le Grand Raid Brest Samarcande Le palais du Parlement, à Bucarest. Salaün Magazine l Page 39 Bucarest Tulcea Avant de rejoindre le delta du Danube, il nous faut parcourir un peu plus de 200 kilomètres à travers une plaine qui semble bien terne après deux journées passées dans les Carpates et la Transylvanie. Et c’est avec un vrai bonheur que nous retrouvons, à Tulcea, le Danube. Comme un vieil ami quitté la veille. Mais ici, le seigneur s’offre des fantaisies, s’éclate après les 3000 kilomètres qu’il a descendus, coincé entre deux rives. La mer est proche. Et sa fin aussi. Le delta du Danube est une biosphère protégée et fragile, qui se remet doucement de quelques mauvais traitements passés. Le bateau sur lequel nous avons embarqué pour mieux l'approcher a le charme de l’Africa Queen d’Humphrey Bogart et de Katharine Hepburn. Et son capitaine, Marian, peut parcourir les yeux fermés ce dédale de canaux et de minuscules bras secondaires. L’idée était de remonter jusqu’à un lac dont les oiseaux, aigrettes et hérons, ont fait leur villégiature. Mais le talent de Marian n’y pourra rien : en cette fin d’été de sécheresse, le Danube tire la langue. Sa cote a baissé de près de deux mètres et le lac espéré est inaccessible. Dans les méandres du delta du Danube. Le bateau-ambulance du delta Héron cendré

RkJQdWJsaXNoZXIy MTg1ODM2Mw==